Mercredi 13 juillet 2011 3 13 /07 /Juil /2011 20:20

L'Épouvantable Vendredi vient de clore sa 3ème saison. C'était donc le bon moment pour engager le dialogue et faire le bilan avec Fabrice Calzettoni, organisateur de cet événement bimestriel entièrement consacré au cinéma fantastique, qui se tient à l'Institut Lumière de Lyon.


fab-kubrick.jpg

Ingoruptibles : Quel bilan tires-tu de cette 3eme saison de l’Épouvantable Vendredi ?

Fabrice Calzettoni : Le bilan est très positif mais il ne l'est pas autant que les deux premières années. La baisse de la fréquentation sur les deux dernières nuits met en danger la soirée. Comme je l'ai souvent dit, c'est le public qui l'a fait exister. Il crée l'ambiance, la dynamique, l'envie. J'ai un peu trop pensé que le public était acquis d'avance. Ce n'est pas vrai. Le public est imprévisible et exigent. Je vais revoir le plan communication pour l'année prochaine, afin de toucher de nouveaux spectateurs qui aiment le fantastique, et sans doute le concept de la nuit pour apporter de la nouveauté. Le bilan est par contre très positif du point de vue de la programmation. J'ai réussi à maintenir les exigences de départ : des grands classiques, des films récents, des films cultes à voir en grand écran et aussi l'alternance auteur/thème qui a bien marché. Bilan positif également pour les copies que Maelle Arnaud a réussi à trouver. Franchement, des copies comme celle de Dead Silence qui était neuve et en VOST, je n'y croyais pas sur le papier, puis la copie a été trouvée. Et bien entendu la collaboration avec l'association AOA a été plus que positive.

I : Après 3 saisons, quel regard portes-tu sur l'événement ? As-tu senti une évolution ?

F.C : L'évolution vient surtout de mon travail. J'ai appris à gérer le temps de préparation qui est très long et les rapports avec la structure Institut Lumière. Même si Thierry Frémaux me laisse "carte blanche" pour l'organisation de ces soirées (et je l'en remercie mille fois), le niveau d'exigence demandé pour que tout se passe bien vis à vis de notre public fait que je ne dois rien laisser au hasard. Au bout de 3 saisons, je suis très surpris par ce que représente L'Épouvantable Vendredi pour certaines personnes, qui m'écrivent par exemple pour me dire qu'ils faudrait qu'ils soient à l'agonie pour manquer cette soirée. Personnellement, c'est d'entendre ça qui m'encourage à continuer, car ce n'est pas ma profession de départ. Je le fais par passion et par plaisir. Le jour où ce sera une source d'angoisse, L'Épouvantable Vendredi disparaîtra (en tout cas sous sa forme actuelle).


fab-jal.jpg

I : Ta plus grande satisfaction ?

F.C : En terme d'organisation, indiscutablement mes rapports avec Julien JAL Pouget. Il a une capacité à canaliser mes angoisses et pulsions "meurtrières" qui est assez impressionnante. Je ne pense pas que, pour ce type de décor et d'animation qu'il met en place sous le Hangar du Premier-Film, avec toutes les contraintes que cela impose, je pourrais travailler avec quelqu'un d'autre que lui.
En terme de programmation, indiscutablement le public présent pour la séance de Saw de James Wan. C'est ma plus belle séance (avec Les Ruines, de Carter Smith). J'ai vraiment créé ces nuits du fantastique, entre autre, pour apprécier en grand écran ce qu'on a trop souvent vu en DVD, ou pire en téléchargement pourri. Après les projections de Saw et surtout Dead Silence, plein de spectateurs un peu réticents avant, sont venus me voir pour me dire qu'ils n'avaient "jamais vu" le film en fait, qu'ils l'ont vraiment découvert et que le voir sur un grand écran les a réellement fait apprécier le talent du cinéaste. Ce fut pareil pour Les Ruines ou The Grudge avec Sarah Michelle Gellar. Qu'est ce que je n'ai pas entendu avant, parce que je ne passais pas l'original. Je n'ai cessé de répéter que Shimizu était allé plus loin dans l'épouvante avec le remake, au mépris général des spécialistes que j'avais en face de moi. À la sortie de la séance, on m'a remercié d'avoir montré celui-là. Les spectateurs faisaient des bons de 2 mètres dans la salle !

I : Et ton plus grand regret ?

F.C : Les copies, toujours les copies... Ne pas avoir trouvé de VOST pour Les Griffes de la Nuit par exemple m'a empêché de dormir... La VF a "nanardisé" un chef d'œuvre. Le public est bien conciliant dans ces cas là. Ce qui joue sur mes nerfs aussi, c'est l'absence d'intérêt d'une grande partie de la presse lyonnaise. On se bat pour faire vivre le fantastique dans la deuxième ville de France où 95% des films ne sortent même pas, ou au mieux en VF. A part le travail du Comoedia, de certains sites comme le vôtre ou d’un ou deux amis journalistes, c'est totalement absent. On aurait vraiment besoin d'eux pour nous soutenir des fois. Mais c'est une remarque en passant. Je m'en moque finalement et je fais mon travail. Le public est là, c'est l'essentiel. Il n'y a qu’à voir la page Facebook : 732 fans à l'heure où je vous parle et presque tous lyonnais. C'est magnifique.

I : La salle affiche quasiment toujours complet. Penses-tu que l’EV a permis de "démocratiser" le cinéma de genre à Lyon ?

F.C : Il y a le travail du Comoedia, qui fait l'effort de sortir les films en VOST, celui de Cyril Despontin avec Les Hallucinations collectives (ex Étrange Festival), celui de Julien JAL Pouget avec les différentes manifestations et festivals qu'il organise autour du thème, et L'Épouvantable Vendredi... C'est cet ensemble qui permet au fantastique de se "démocratiser" comme vous dîtes. Je n'apporte que ma modeste contribution. Ce que L'EV a permis par contre c'est l'accès au fantastique par des novices du genre. J'ai plein de connaissances qui sont venues à une des soirées pour me faire plaisir comme "amis", parce qu'ils savaient que j'apprécierais leur présence... ils sont devenus fans de fantastique aujourd'hui. Là, L'Épouvantable Vendredi rejoint les missions de l'Institut Lumière : faire découvrir le cinéma d'auteur ou classique au plus grand nombre. C'était réjouissant de voir le nombre de spectateurs qui n'avaient jamais vu L'Exorciste pour la Nuit du Diable.


fab-EV.jpg

I : Cet événement pourrait-il exister ailleurs en France? As-tu déjà été contacté pour développer le concept dans d’autres villes ?

F.C : L'Épouvantable Vendredi est une marque déposée... Il appartient corps et âme à l'Institut Lumière.

I : Peut-on s’attendre à des nouveautés pour la prochaine saison ?

F.C : Oui ! Je réfléchis à changer la formule de la soirée qui propose 3 films. Le dernier est souvent sacrifié parce que trop tard. Nous manquons de temps entre les séances pour discuter entre fans et boire un coup. Je presse souvent l'équipe d'AOA dans ses animations au moment de l'entrée en salle, les avant-programmes sont des fois trop courts... Bref, aussi pour des questions de choix de programmation qui seraient plus souples, il est possible que je passe de temps en temps à deux films au lieu de trois. Ça me permettrait aussi de faire présenter le film par un spécialiste. Je sais que le public a incroyablement apprécié l'intervention de Nicolas Stanzick sur la Hammer Film... Des idées il y en a...

I : La question à 1000 euros: à quand un grand réalisateur fantastique honoré d’un prix Lumière ?

F.C : On a déjà reçu Dario Argento pendant le festival Lumière 2010 qui a été enchanté de son passage à Lyon... Si on en trouve un capable de faire venir 5000 spectateurs à la Halle Tony Garnier pourquoi pas... Et qu'on ne déforme pas mes propos. Je ne parle pas en termes de recette. Je parle en termes de notoriété, d'hommage rendu à un artiste qui monte sur scène et qui voit un parterre de fans. Pour le moment on n’arrive déjà pas à avoir 269 personnes pour la salle de l'Institut Lumière... Quand on se battra pour venir voir Tom Shankland ou Clive Barker à L'Épouvantable Vendredi on se dira peut-être que c'est possible. Pour sa soirée d'ouverture des Hallucinations collectives, Despontin avait une moitié de salle parce que dehors il faisait beau. C'est aussi au public de faire vivre le fantastique en allant dans les salles. Tant qu'il reste chez lui pour regarder les films en DVD, on ne risque pas d'avoir un cinéaste de genre comme Prix Lumière... Mais bon, des noms de très grands cinéastes de genre ont déjà été sérieusement évoqués... Donc pourquoi pas. Je ne peux pas cacher que j'en rêve en tout cas.

Publié dans : Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Rechercher

Suivez-nous !

facebook icon 1
twitter 1
RSS 1

Critiques de films

Filmographies

Vos commentaires

FACEBOOK

TWITTER

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés