Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 18:56

David, jeune mathématicien, fuit l'Amerique et son atmosphère orageuse. Il émigre en Cornouailles où il est confronté dès son arrivée à l'agressivité des autochtones. Atteint dans ses convictions, il aura lui aussi recours à une violence qu'il combat.


Tucker : Dans la première partie de Chiens de paille, Sam Peckinpah nous dépeint une petite tranche de vie, celle d'un homme bon sous tout rapport et de sa femme, s'exilant en Angleterre pour fuir la violence urbaine de leur ville natale. L'atmosphère planant sur la charmante petite bourgade anglaise choisie par le couple est paisible, calme, mais en totale inadéquation avec les campagnards aigris et austères habitant le hameau. Le mal viendra de là... Les villageois, n'acceptant pas le changement, vont pousser à bout le couple, et personne n'en sortira indemne. Pourtant réfléchi, équilibré, calme, David (le mari) explosera ; ses limites seront atteintes. Sans qu'il n'en connaisse toutefois les raisons profondes, David fera preuve d'une incroyable folie meurtrière... Dustin Hoffman campe admirablement ce jeune premier, emprisonné dans un monde de formules scientifiques, qui se fera l'égal de tout ce qu'il a toujours combattu, fuit. Les quelques notes de Jerry Fielding, accompagnant la rage grandissante de David, renforcent et amplifient incroyablement le sentiment de malaise, chez le spectateur, devant cette descente aux enfers. Les Chiens de paille est un grand film, mettant en scène un Dustin Hoffman stupéfiant et effroyable. 4/5

Miss Strode : Les Chiens de paille nous place devant la bestialité qui sommeillerait en chaque être humain, aussi lâche puisse-t-il paraître. L'affrontement est déterminé par le besoin de possession (possession de la femme, possession du territoire) et par le mépris de l'inhabituel (de nouveaux voisins par exemple). Dès le début ce village est étouffant : tout le monde observe les nouveaux arrivants, leurs moindres faits et gestes sont commentés et tous sont au courant de leur intimité. Le héros, incarné par un tout jeune Dustin Hoffman, va être entraîné dans une situation paradoxale : en voulant protéger un homme et ne pas laisser "l'abruti" du village en pâture, David devient lui- même inhumain, il sort de sa passivité. Mais on peut s'interroger sur ses véritables motivations : accusé de lâcheté par son épouse, raillé par ceux qu'il emploie, sauver Harry Niles semble n'être qu'un prétexte avouable. Les villageois, quant à eux, apparaissent comme une meute que l'on ne peut intégrer. L'animalité se traduit à chaque instant et plus particulièrement lors de la scène du viol. Et tout conduira à la violence finale : la jeune épouse aguicheuse, la jeune adolescente délaissée, les villageois bourrus... La scène de la chasse symbolise ce que va vivre le couple, encerclé par ces hommes, acculés dans leur maison. Les Chiens de paille est un film qui prend son temps et dans lequel l'atmosphère malsaine imprègne chaque séquence : cette lenteur rappelle le caractère posé de David et permet d'offrir à ce film un caractère inéluctable et tragique. 4,5/5

Redrum : Complexe, profond, malsain...Les chiens de paille fait partie de ces œuvres marquantes qui laissent une trace indélébile après visionnage. Situant son film dans un décor champêtre, Sam Peckinpah nous livre une tragédie aux faux airs de comédie romantique. La lenteur de l'histoire agit en trompe l'œil, facilitant la mise en place d'une tension latente, se transformant petit à petit en terreur psychologique. Les protagonistes se métamorphosent eux aussi, faisant ressortir toute la bestialité de l'Homme, poussant contre toute attente notre gentil mathématicien (Dustin Hoffman, impeccable) dans ses derniers retranchements. La prestation de Susan George participe également au malaise ambiant : l'ambiguïté de son personnage de femme provocatrice, fragile et insaisissable s'avère troublante au possible. Cette histoire sordide brille par son ingéniosité, chacun des personnages s'affrontant pour des raisons relevant de l'inconscient, parce qu'ils sont "étrangers". Alcool, sexe et armes à feu finissent alors par se côtoyer, dans un final aux allures de western moderne, froid, sans concessions, terriblement brutal. Rarement folie et amour avaient été disséqués de manière aussi sordide sur grand écran. 4/5



Genre : Drame psychologique / Crime
Réalisateur : Sam Peckinpah
Acteurs : Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, Del Henney, Ken Hutchinson, Jim Norton
Durée : 1h53
Année de production : 1971 (Grande-Bretagne / Etats-Unis)

Publié dans : Drame psychologique
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